De Sud PTT à … l’Union syndicale Solidaires : dire qu’on nous prédisait : « un feu de paille » !
Dans les années 80, il existait 5 confédérations syndicales et quelques syndicats dits « autonomes ». Fin 1981, 10 syndicats autonomes se rapprochent, avec l’idée de l’unité pour peser face au gouvernement Mitterrand, alors que les grandes confédérations sont plutôt « attentistes », voire « accompagnatrices ». La création de Sud PTT en 1989, va être le départ d’un bouleversement syndical.
En 1989, alors qu’aux PTT, une grève dure est l’occasion de la création d’une « Coordination des camions jaunes », c’est le moment que choisit la direction nationale de la CFDT PTT pour lancer de brutales
exclusions de militant.es engagé.es dans ce conflit. Les exclu.es décident dans l’urgence de créer un cadre syndical nouveau qui se veut : solidaire, unitaire et démocratique. Sud PTT est né. Le noyau de départ sera vite rejoint par des militant.es d’autres organisations, et surtout par une nouvelle génération atteinte et mobilisée par l’utilisation, alors inédite, des outils informatiques en plein développement.
Dès sa création, les syndicats « autonomes » contactent Sud PTT au niveau national. Les échanges aboutiront avec 7 des 10 syndicats autonomes (les autres rejoindront la future UNSA) pour former l’« Union syndicale Groupe des Dix », le G10, puis le « G10-Solidaires » et, depuis juin 2006, l’« Union syndicale Solidaires » !
Des militant·es critiques vis-à-vis des grandes centrales syndicales, provenant de l’aile gauche de la CFDT, de SUD et du Groupe des Dix lancent le mouvement AC ! à partir d’un appel « contre le chômage » en novembre 1993, dont l’idée avait été formulée lors des rencontres de Collectif tenues en juin 1992 (Collectif est une revue intersyndicale). Dans le Finistère, des militant·es de Solidaires aideront à la création des deux associations AC ! sur Brest et Quimper dès 1995.
Dans le Finistère, au départ, ce sont trois copains qui se lancent dans une aventure qui, aujourd’hui, apparaît très « gonflée ». Les autres syndicats disaient alors : « SUD ne sera qu’un feu de paille ».
1995 c’est aussi l’année d’un formidable mouvement de grèves contre le Plan Juppé. La direction confédérale CFDT s’oppose frontalement à ce mouvement. Les oppositions grandissent à l’intérieur de la CFDT ; plusieurs d’entre elles décideront de suivre la voie empruntée par Sud PTT pour pouvoir soutenir les luttes jusqu’au bout, sans être entravées par les bureaucraties de syndicat qui bafouent la démocratie.
Dans le Finistère, Sud PTT prend rapidement contact avec le SDE (Syndicat des enseignants ), qui précède Sud Éducation. Et, lors de réunions nationales, nous recueillons les coordonnées de camarades d’autres composantes du « G10 » présents dans notre département. Les contacts pris, puis le travail important avec le SNUI (Syndicat national unifié des impôts), donneront au G10, dans le Finistère, une base permettant son élargissement et l’accueil de nouvelles structures.
1998 voit le congrès constitutif de l’Union syndicale « Groupe des Dix » qui regroupe alors 13 syndicats et fédérations. Il adopte des statuts et un règlement intérieur, en particulier le fonctionnement au consensus. Le Groupe des Dix et plusieurs organisations membres du G10 participeront à la création d’Attac en 1998. Les 19 et 20 novembre 1998 se tient une assemblée générale des « G10 locaux » où 110 militantes et
militants représentent 28 « G10 locaux », montrant la volonté de construire des structures de base
locales interprofessionnelles.
Le 3 mars 1999, à Port-Launay, se tient l’Assemblée Générale constitutive du « G10 Finistère », en présence de Gérard Gourguechon, secrétaire national du G10, et d’Annick Coupé, secrétaire générale de la Fédération Sud PTT. Il rassemble alors le SNA Banque de France, le SNUDDI (Douanes), le SNUI (Impôts), le SNJ (Journalistes), Sud Chimie, Sud CRC Santé, Sud Éducation, Sud PTT, Sud Transports et SU Caisse d’Épargne. La reconnaissance de ce nouveau syndicalisme de proximité et démocratique n’a pas été évidente ; il lui a fallu s’imposer face au patronat mais aussi pour être associé aux intersyndicales, pour disposer des locaux, etc.
Un Sud Chimie est créé dans une usine de Pont-de-Buis et il gagne les élections des délégués du personnel. C’est là-bas que se réunira chaque mois, pendant des années, le « Bureau Départemental » de la structure interprofessionnelle en construction. Au Crédit agricole du Finistère, la CFDT en crise perd la moitié de ses adhérent.es qui se constituent en Sud CAM.
Dans le secteur social, il existe une section du CRC aux Genêts d’Or mais c’est en juin 1999, à partir de l’hôpital de Laënnec à Quimper, que des déçu·es de la CGT créent Sud Santé Sociaux, rejoints par d’autres militant·es syndicaux de l’EPSM Gourmelen ; le syndicat se développera dans le secteur de la santé, public et privé, comme dans le secteur du social privé de tout le département. Suivront de très nombreux secteurs, après des prises de contacts. Des structures se créeront dans la communication et la culture, à la Caisse d’épargne, à l’ANPE, à Météo-France, dans l’énergie, le transport, dans les collectivités territoriales…
À Thalès, c’est un syndicat « Supper » qui rejoint notre union. Suite à la création de Sud Rail en 1995, une section se crée en Bretagne ; les militant·es du Finistère seront très actifs et actives dans les dernières longues grèves à la SNCF. Asso Solidaires (salarié·es d’associations) et UNIRS (Union nationale interprofessionnelle des retraité·es) sont plus récents ; ce dernier organise les retraité·es de Solidaires Finistère.
En 2001, le G10 devient « G10-Solidaires » et parvient à élaborer des débuts d’alternatives dans de nombreux domaines, à formuler des revendications concrètes partagées, et à trouver le plus souvent des accords sur les stratégies syndicales à mener, tout ceci par le biais de notre fonctionnement au consensus.
En 2002, l’Union syndicale « G10 du Finistère » parvient, pour la première fois, à être présente aux prud’hommes avec 4 listes. Bien qu’exclus de l’aide financière attribuée aux organisations syndicales par le gouvernement, nous recueillons 6,84% des inscrit.es, c’est encourageant. L’Union syndicale « G10 Finistère » devient l’Union syndicale « Solidaires Finistère » par modification de ses statuts déposés en mairie de Brest le 13 juin 2006.
Fin 2006, Solidaires devient représentatif dans la fonction publique par une décision du Conseil d’État, ce qui va nous permettre de siéger au Conseil supérieur de la Fonction publique d’État par un décret du 1er mars 2007. Les suites de cette première reconnaissance vont être nombreuses et importantes : pour la première fois, en 2007, Solidaires sera partie prenante des négociations salariales. Cette représentativité
nous donne plus de crédibilité auprès des salarié·es, et pas seulement dans les fonctions publiques. Elle nous facilite enfin les portes des intersyndicales « fonction publique » puis « interprofessionnelles ». Ce
sera aussi l’ouverture et l’accès à de nouveaux droits et moyens syndicaux. Solidaires Fonction Publique obtient un deuxième siège suite aux élections professionnelles de 2011, siège confirmé lors des élections de 2014.
En décembre 2008, aux élections prud’homales, les listes Solidaires connaissent la progression la plus importante de ce scrutin sur le département et multiplient par quatre leur résultat de 2002 en étant présent dans la totalité des sections.
En 2008, au 4e Congrès de Solidaires, s’affirme un syndicalisme revendicatif et internationaliste. La présence de délégations étrangères marque l’engagement international de Solidaires qui jouera un rôle déterminant dans la constitution d’un Réseau syndical international de solidarité et de luttes dont
la première rencontre aura lieu en 2013.
Le congrès de 2009 acte la place politique donnée aux Solidaires locaux qui ont désormais le droit de vote en Congrès et en Comité national. Dans de nombreux domaines, le développement de l’Union syndicale Solidaires se fait par les Solidaires locaux et par leur ancrage sur le terrain. Les Solidaires locaux sont aussi le lieu d’expérimentation et de mise en pratique de l’activité interprofessionnelle pour les militantes et les militants.
En 2013, forte de son engagement internationaliste, l’Union syndicale Solidaires joue un rôle très actif dans la construction du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, après la rencontre syndicale internationale en mars 2013 de St-Denis qui rassemble plus de 200 militant·es de plus de 60 organisations d’Europe, d’Afrique, d’Amérique et d’Asie. Ce réseau mondial rassemble des organisations, courants, tendances ou réseaux syndicaux de tous les continents avec des histoires, des cultures politiques différentes, mais avec des pratiques assez proches, qui partagent la double volonté d’organiser des luttes pour la défense des revendications immédiates des travailleurs et des travailleuses et pour transformer radicalement la société. Dans le Finistère, par exemple, cela s’est concrétisé par une réunion publique à Brest, organisée par Solidaires avec intervention d’un syndicaliste brésilien après l’arrivée au pouvoir du fasciste Bolsonaro.
Aujourd’hui, Solidaires compte plusieurs milliers d’adhérent.es, regroupe plusieurs dizaines de syndicats, de fédérations, ou des sections d’entreprises et des adhérent·es isolé·es.
Notre syndicat a gagné en crédibilité. Il fait appel à l’intelligence des salarié·es et est reconnu pour ses capacités d’argumentation et d’expertise dans bien des domaines (le juridique entre autres) et pour sa détermination à aller jusqu’au bout, non pas à la place des gens concernés mais avec eux, en les aidant à se mettre en mouvement.